Comment le transmédia aide à mieux appréhender les stratégies communautaires ?

20 janvier 2014Expertise éditoriale & rédaction Web

Expertise éditorialeJ’ai eu la chance de participer à la cinquième édition du Forum Blanc, du 15 au 17 janvier 2014, au Grand-Bornand (74). Le Forum Blanc, c’est  2,5 jours d’échanges, d’études de cas, de plénières dédiés  au transmédia et aux projets multiplateformes. Voici quelques notes, prises sous l’angle des stratégies communautaires, pour alimenter les  réflexions que nous avons déjà engagées sur ce blog !

C’est quoi le transmédia ?

Comme à chaque édition du Forum Blanc, la notion de transmédia a largement été discutée : en sommes-nous tous contributeurs ? tous financeurs ? tous connectés ?

Selon Stéphane Natkin (CNAM), le transmedia est caractérisé par le fait que les utilisateurs créent une partie du contenu. Il propose également en fin d’édition une définition reprise sur la photo tweetée par Vincent Leclercq.

Gaettano Stucchi quant à lui rappelle que le « transmédia n’est pas une recette, ni un contenu. C’est une manière de traiter un contenu.»

En tout cas, la richesse du transmédia existe dans la relation qu’entretient l’utilisateur avec le contenu. Il faut donc permettre à l’utilisateur de s’approprier les contenus et créer un espace pour permettre à cette relation de s’établir.
Pour revenir à notre problématique sur la stratégie communautaire, il faut donc définir un territoire, une zone qui favorise la participation.

 

Comment engager son audience ?

C’est Pierre Cattan (@pierrecattan), qui à travers la présentation de l’appli mobile Cinemacity (déjà téléchargée 26 000 fois) a abordé la notion de segmentation de l’audience d’une manière que j’ai trouvé pertinente.

L’application Cinemacity propose de découvrir Paris à travers les films tournés dans les différents quartiers. L’offre éditoriale propose plusieurs films après localisation du quartier où se situe le mobinaute (géolocalisation) ou  bien en saisissant directement une adresse ou le nom d’un monument.
Ainsi, Cinemacity permet de préparer son voyage à Paris en sélectionnant son trajet, les endroits à visiter avant sa venue.
Il s’agissait pour la divulguer d’atteindre un public déjà engagé.
Les multitudes de niches dans lesquelles, une audience était déjà identifiée, ont été listées. Voilà une cartographie numérique, permettant de dresser un design d’audience.

« 4 niches sont identifiées pour promouvoir Cinemacity sur Internet : les amoureux de Paris, le cinéma, le cinéma amateur et les technophiles. Le Mapping identifie des sites et des leaders d’opinion classés par ces 4 grandes niches. »

 Qui est l’homo numericus ?

Merci à Domenico la Porta, Olivier Lenaerts et Bruno Liesse pour cette conférence présentant les habitudes de consommation du numérique, l’homo numericus. Domenico a profilé 5 types d’utilisateurs.

Partant du constat que les genres se fragmentent, on ne peut plus plaire en one shot à une audience donnée ; il s’agit de séduire à une audience liquide.

Voici 5 profils utilisateurs

  • Digital racist : celui qui n’aime pas la techno et n’en a pas l’utilité. S’il trouve un usage ou une utilité, il peut devenir digital tourist : via l’utilisation de Facebook, Meetic, ou pour partager des photos de famille…
  • Digital immigrant : Il utilise le mail, puis progressivement se sert du smartphone.
  • Digital explorer :  Il teste tout
  • Digital leader : Il veut un éco-système digital versus digital Nemesis
  • Digital native : leurs étalons sont très différents

 

Voici les 7 péchés capitaux de la consommation digitale :

  • colère : l’exprimer au travers de commentaires négatifs ;
  • gourmandise : les achats compulsifs de technologies, avoir toutes les dernières versions des modèles ;
  • avarice : piratage, on veut tout gratuitement ;
  • envie : se réjouir des succes stories mais aussi des échecs ;
  • luxure : porno, sites de dating, site extra conjugaux ;
  • paresse : tout en un minimum de clics et sans difficultés ;
  • orgueil : nombre de followers, calcul du klout score. C’est aussi préférer liker le MOMA plutôt que de se reconnaître utilisateur de Viagra !

Quelques rappels assez amusants :

  • 1 recherche sur 5 sur mobile est reliée à la pornographie,
  • 69% du volume dépensé sur Internet concerne la pornographie.

L’exemple du cinéma est donné,  comme objet de conversation. Les films donnent lieu à nombre de commentaires partagés spontanément par les internautes. Il pourrait être envisagé de rémunérer les cinéphiles qui favoriseraient une rumeur positive !

Un outil de story telling transmedia Conducttr

Conducttr
Ce que je retiens de cette présentation, c’est qu’il est primordial d’avoir un animateur de communautés identifié et accessible. Le public veut pouvoir croire que le personnage est réel, même s’il s’agit de l’avatar d’Harry Potter  et pouvoir lui parler par téléphone et par mail.

Le créateur ou l’animateur doit être là au bon moment pour faire participer le public.
La notion d’engagement, ce n’est pas un clic ou un like : c’est être dans la tête du public, être présent, être engagé dans l’histoire narrée.

Ce que je note également au niveau de la qualification de l’audience, c’est insérer dans ses tableaux de suivi des conversations, le ton des interactions : humeur positive, négative ou neutre.

Il est également possible de segmenter son audience en groupes, suivant leur activité et leurs implications : partager une information  ou publier un commentaire. Ou pour faire simple, suivant la loi de l’engagement dans une communauté, 90/ 9/1, que nous avons déjà évoquée ici.

Promis, je rajouterai ces notions à la charte d’animation des réseaux sociaux que je suis en train de revoir !

Et mon coup de cœur, pour terminer, un webdoc Le grand incendie, dont le titre une chanson de l’album Des Visages Des Figures, de Noir Désir.

Ce webdocumentaire a été réalisé par le photographe Samuel Bollendorff, afin de dénoncer un phénomène de société : l’immolation. En France, une personne s’immole tous les 15 jours.  Dans les médias, cet événement est ramené au rang de fait divers. Il s’agit d’un acte de contestation suprême exprimé sur la place publique et adressé au collectif. Il est donc important de faire émerger ce sujet dans le débat public.

L’enjeu était de conserver la bonne distance avec le sujet : comment restituer ces images douloureuses, dans le respect des individus ?

C’’est pourquoi, ce sujet nécessitait d’être réalisé en webdoc, pour laisser le vide d’exprimer. Sur un média linéaire, le vide est angoissant et oppressant. La « narration d’un webdoc repose sur l’interstice, les échos qui se font dans le silence », rappelle Boris Razon, Directeur des nouvelles écritures et du transmédia, France Télévisions.
L’enjeu également était de ne pas parler de suicide, mais de comprendre pourquoi ces messages n’ont pas eu d’échos.
L’interface, pudique, joue sur la transparence, pour symboliser ce vide.  Elle permet de fabriquer une situation d’écoute et juxtapose  plusieurs types de prises de parole : le discours officiel de l’époque, le témoignage des proches ainsi qu’un magnifique travail en photo sur les lieux vides. Ces éléments réunis permettent d’imaginer le message des individus. Un travail très poignant.

En conclusion, j’espère que ce résumé de manifestation vous intéressera autant que j’ai pris plaisir à y assister !

Spéciale dédicace et merci à la fabuleuse Gigi et à l’extraordinaire Christelle.

3 réponses à “Comment le transmédia aide à mieux appréhender les stratégies communautaires ?”

  1. Elle est où la suite ? 😉
    Cette conférence devait être vraiment passionnante, j’ai trouvé la partie sur les 7 péchés capitaux particulièrement parlante. J’ai eu plus de mal à concevoir les 5 profils utilisateurs. Je les trouve très restrictifs et pas forcément représentatifs : je ne me suis retrouvée dans aucun d’entre eux, ou dans tous à la fois. Je n’ai peut être pas compris…
    En tout cas merci pour ce résumé qui me donne juste envie d’aller à la prochaine conférence. Bonne soirée !

    • Eh oui, dans de telles conférences, on a envie d’en savoir encore plus ! Pour les profils utilisateurs, la présentation de Domenico la Porta était fabuleuse, je ne l’ai donc pas bien retranscrit. En fait, il s’agissait de classer les profils suivant leur degré d’utilisation !
      Je me retrouve un peu dans chacun pour ma part (excepté le native).
      Bonne soirée !

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