Comment lancer une communauté ? Les conseils de Cristel Alzay, animatrice de MyKomunity

10 février 2014À la une, Rencontres

Rencontres éditorialesLe lancement d’une communauté est une tâche délicate, au fondement du métier de l’animateur de communautés/community manager. J’ai rencontré Cristel Alzay, community manager gestionnaire de la communauté MyKomunity pour MyKompany. Cette plateforme collaborative, fondée par Alban Guyot, a été lancée en octobre 2013. Au départ, Alban voulait lancer un produit innovant, le porte-clés intelligent, le MyKee. Il a souhaité s’appuyer sur l’intelligence collective pour développer son projet. D’où l’idée de créer cette plateforme  d’innovation communautaire participative, dans laquelle des particuliers concevraient des produits innovants du quotidien.
Entretien avec Cristel Alzay, animatrice de la communauté

Cristel, tu participes au lancement de MyKomunity en tant qu’animatrice de la communauté.
cristel-alzayPeux-tu nous présenter ce projet ?

L’objectif de MyKompany est de créer des produits du quotidien simples  et innovants. La société se base sur le postulat que l’on n’a pas tous les moyens d’aller au bout de ses idées. Une idée en tant que telle ne vaut rien, elle n’est pas brevetable. Entre l’idée et le produit, il y a bon nombre d’étapes assumées par MyKompany : de la validation du concept auprès de la communauté, de sa fabrication, à sa vente et sa commercialisation. La volonté serait de commercialiser 1 à 2 produits/an.

Cette plateforme est basée sur de l’innovation ouverte (open innovation) : aller trouver des idées en dehors de son entreprise, auprès d’autres personnes, d’autres structures pour développer son innovation, en adaptant ces modèles à sa propre structure. On profite de l’intelligence collective et on gagne du temps.

Le principe de MyKomunity

Une idée est soumise. Elle doit être décrite en 140 caractères et peut comporter une photo. Elle est tout d’abord modérée : MyKomunity vérifie si elle n’existe pas ailleurs, si elle n’a pas fait l’objet d’un brevet. On accepte même les idées les plus délirantes, car on sait par avance que toute innovation est « un choc ». Elle déstructure souvent un produit existant pour amener quelque chose de nouveau.
Puis, après vérification, si l’idée est acceptée, elle est placée dans le bureau d’études. Elle a alors 30 jours pour faire ses preuves. Les membres peuvent montrer leur intérêt en votant et en la commentant.  Ensuite, au bout de 30 jours, en fonction du nombre de réactions, l’idée est validée en « Go » ou « No Go ». D’idée, elle se transforme en concept et est placée dans le bureau de fabrication. L’inventeur devient un Myker Leader. Il  reste le chef de projet jusqu’à la commercialisation du produit.
Ce bureau est un espace de brainstorming pour faire une étude de réalisation suivant les 4 P du marketing : Produit, Prix, Place (distribution) et Promotion. On valide alors la complexité de la technologie, le marché potentiel, etc. MyKompany anime des séances de créativité pour faire émerger une réflexion commune, sensibiliser au marketing l‘inventeur et ses collaborateurs et construire le cahier des charges et de faisabilité.

Comment fonctionne cette communauté ?

Tu t’identifies avec des mots de passe, puis tu choisis un avatar.

Il y a plusieurs espaces : un bureau d’études où sont les données du MyKer ( ses idées, son niveau dans le jeu), un espace détente où tu échanges avec les personnes qui sont présentes en même temps que toi et où on l’on peut commenter, « liker » et interagir avec les autres.

Tu es d’abord MyKer0 et ton premier challenge est d’aller découvrir tout l’espace pour passer au niveau 1.
Tu retrouves tes idées, les projets sur lesquels tu souhaites participer et tu peux diffuser une nouvelle idée.

Comment as-tu lancé la communauté ?

Pour lancer la communauté, nous avons organisé une semaine de béta testing avec 50 personnes sur la plateforme.
Ceci nous a permis de valider différents points : viabilité du jeu, cohérence de nos chemins de navigation, bugs et autres dysfonctionnements.
J’ai utilisé Twitter pour cibler des personnes influentes par domaine d’intérêt et d’activité.
Ce travail de fourmi m’a permis de solliciter entre 100 et 150 personnes référentes en innovations. 35 personnes ont accepté de jouer le jeu. Twitter est le support le plus performant pour trouver  et approcher facilement des influenceurs. Depuis juin, nous avons commencé un teasing sur les réseaux sociaux, en nous appuyant notamment sur Facebook, en diffusant notre vidéo de présentation. Sur Facebook, nous avons diffusé énormément de contenus, qui nous on positionné comme acteurs, experts de l’innovation.
La plateforme a été lancée le 25/10/2013. Aujourd’hui, elle compte 250 membres, les « Myker ». On a reçu plus de 300 idées. Il y en a une centaine en cours de rotation et de commentaires. 6 projets sont en cours de signature.

Sous quelle identité publies-tu ?

 

 

Je communique sous MyKomunity, avec un avatar fille.  La responsable communication et événements communique également et nous nous nommons, MyKomunty et MyKomunity2  comme administratrice 1 et administratrice 2 afin d’être identifiées en tant que telle.  Nous souhaitons que les joueurs nous repèrent et nous sollicitent, si besoin.

Comment se passe l’animation de la communauté ?

Nous travaillons en binôme, moi en tant que prestataire extérieure et la responsable communication /event en tant que salariée de MyKompany.

Je m’occupe de l’animation et elle prend le relais dans les réponses aux questions, notamment quand je ne suis pas sur la plateforme. En effet, puisque notre cible est composée de particuliers, la fréquentation est aléatoire. Nous avons des pics de fréquentation  tôt le matin et en fin de soirée. Il est donc compliqué d’avoir une présence permanente.

La véritable valeur de ce type de plateforme, c’est sa communauté. C’est elle qui donnera du poids à MyKompany. Il est nécessaire, en tant que community manager, de très bien la connaitre pour optimiser et valoriser les compétences au bon moment. Puis, de l’intéresser et de l’impliquer. J’essaye de  qualifier au maximum ma communauté, de la connaitre. Au lancement, en octobre, nous avons fait une première rencontre lors d’une soirée conférence de presse sur Lyon. Tous les beta testeurs étaient conviés, nous en avons fait témoigner 2.

La communauté est présente sur tout le territoire, ainsi qu’au Canada et  au Japon.  Comme je ne peux pas discuter avec eux aussi aisément que je le souhaiterai dans l’interface du jeu, dès que je peux, j’essaie d’entrer en contact avec eux par d’autres moyens ( Twitter, téléphone, visio, etc.)

À chaque inscription d’un membre, je lui envoie un mail de bienvenue dans les 15 jours. Je formule un accueil personnalisé dans lequel je décris la communauté et  les pratiques en usages. Parfois, des membres plus anciens ont accueilli les nouveaux !
La prochaine étape sera de permettre aux utilisateurs de mieux se connaitre avec une couche sociale (fiches profils, photos).

Recrutement de nouveaux membres

J’ai fait un travail de recrutement par thème. Je répertorie toutes les communautés en lien avec les domaines de la maison (designers, architectes, concepteur de cuisine, etc.). Je tourne autour des mots clés, autour des domaines de la maison. C’est un travail de fourmi, très qualitatif.

Puis, je contacte tous les webmasters. J’envoie un mail avec une présentation du concept, les idées en cours et leur demande un relais d’info. Je le fais en direct avec les communautés existantes sur Twitter.

Sur quels réseaux sociaux est positionnée MyKompany ?

Nous avons un Twitter My Kompany @MyKompany. Alban, en tant que président, est présent sur Viadéo et Linkedin. Nous avons également une page Facebook, un Pinterest  et Google+.
La ligne éditoriale sert un objectif qui est de placer MyKompany, en acteur référent de l’innovation. Nous utilisons Facebook et Google + en communication de masse pour accroitre notre notoriété et montrer notre expertise dans le domaine de l’innovation. Twitter nous sert pour le recrutement et le lien avec des personnes référentes.

As-tu des outils de mesure propres pour suivre ta communauté ?

Aujourd’hui, la communauté compte 250 membres. C’est donc envisageable de bien connaître les membres.
Soyons réaliste, plus la communauté va grossir, plus elle nous échappera, mais plus elle va s’enrichir. J’ai dressé un tableau qui me permet de suivre l’implication des MyKers : dates des dernières connexions, accueil, heure de connexion, calcul de fréquentation (au bout de combien de temps ils ne sont pas revenus), nombre d’idées postées. Si les membres ne sont pas revenus depuis 1 mois, je leur envoie un mail.
J’envisage de lancer bientôt un questionnaire de satisfaction afin de suivre et de mettre en place des actions correctives  pour améliorer le jeu et l’intérêt des joueurs

80% des utilisateurs inscrits postent des idées. Ceci nous incite à penser que nous avons bien ciblés et que les inscrits sont très motivés.

Quelles sont pour toi les conditions nécessaires à la création d’une communauté ?

Au lancement d’une communauté, il faut être en cohérence avec son objectif. Si l’on va vers un travail collaboratif, il faut partager les risques et la valeur et être sincère et transparent
Prôner et être ce qu’on dit, sinon, la communauté ne va pas adhérer. Une communauté, ce sont des rencontres de personnes avec des envies communes et qui se font plaisir. Bien que la communauté soit virtuelle, nous sommes, quoi qu’il en soit, en face de vraies personnes. Il faut du respect et de la cohérence. Beaucoup d’écoute et d’empathie.

Comment vois-tu le métier de community manager ?

Je pense que ce métier demande une expertise, tout d’abord. Animer une communauté sans connaitre le sujet, c’est risqué. Je pense qu’externaliser le métier de community manager, à long terme, est une erreur, car c’est un poste stratégique. Un prestataire peut accompagner, comme je le fais pour MyKomunity, le lancement d’une communauté pour mettre en place et formaliser les procédures, avec la volonté de former une personne en interne. Je trouve que ce  métier demande d’être extrêmement impliqué et d’y mettre de la richesse.

Pour ma part, le community management devrait relever du stratégique, être au CODIR. Ce métier demande un recul, une expérience et une expertise de l’entreprise. Il ne devrait pas être confié, comme bien souvent, à un stagiaire.

La mise en place d’une stratégie digitale impacte tous les départements de l’entreprise : accueil, direction, commerciale. Elle nécessite une vision holistique. Il faut bien comprendre les valeurs et les objectifs de l’entreprise. Puis il y également l’humain derrière, avec une vraie volonté de partager, de créer des liens.
Je donne souvent l’exemple d’un magasin. Si vous avez une politique très conviviale sur les réseaux, mais que dans les boutiques, lieu de la rencontre réelle, l’accueil est mauvais, c’est trop antithétique. Il faut une réelle cohérence et une réelle adhésion de l’interne. Avoir envie et se faire plaisir.

Merci Cristel de nous avoir présenté ta communauté !

5 réponses à “Comment lancer une communauté ? Les conseils de Cristel Alzay, animatrice de MyKomunity”

  1. Excellent article ! C’est très intéressant de découvrir, non seulement un tel projet d’innovations, mais aussi les méthodes d’un community manager qualifié pour créer sa propre communauté.
    Encore une fois, on voit ici bien l’intérêt d’avoir une communauté qualifiée plutôt que nombreuse. L’enjeu sera de ne pas perdre cette communauté quand elle prendra une grande ampleur. Intéressante affaire à suivre…

  2. Comme le dit Coline, il est intéressant de connaître la méthodologie et les étapes successives pour créer une communauté à partir de rien.
    Cibler les influenceurs, organiser une session de beta-testing, on voit qu’il y a un véritable plan stratégique cadencé mis en place (cadencement que l’on retrouve avec le tableau de suivi mis en place par Cristel (d’où aussi l’importance à nouveau de planifier ; cf: le calendrier éditorial dont tu parles Ferréole, la règle des 40/25/35, le planning de contenus)).
    Je note aussi qu’il s’est passé (au moins) 5 mois avant le lancement de MyKomunity et durant ce laps de temps, d’après ce que j’ai compris, le projet se construisait en parallèle de la construction de la communauté. Ou plus précisément, c’est parce qu’il y avait une communauté, que le projet a pu naître (« La véritable valeur de ce type de plateforme, c’est sa communauté. »).
    Concernant le concept de mykompany.fr, je ne l’ai vraiment compris qu’en visionnant la vidéo de présentation sur leur compte Youtube ; d’où l’importance d’utiliser plusieurs médias sociaux selon leurs spécificités, finalités et publics.

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