L’humanité augmentée : l’administration numérique du monde, Éric Sadin

22 décembre 2014Non classé

C’est les vacances. J’en profite pour enrichir la rubrique « exercer sa faculté de juger ».
J’ai adoré l’ouvrage d’Eric Sadin sur une certaine humanité augmentée. Son ouvrage éponyme met en lumière une humanité parallèle. Celle où l’on voit émerger des robots clairvoyants qui, peu à peu, prennent des décisions à notre place. Cet essai est remarquable tant par son écriture nerveuse que par la haute voltige intellectuelle à travers laquelle il nous entraîne. (Notons que ce livre a d’ailleurs reçu le prix du livre digital).

Introduction : l’émergence d’une cognition artificielle supérieure

Une mutation à la fois discrète et décisive du statut imparti à la technique s’est opérée depuis un demi-siècle. Sa vocation ancestrale consistait à combler les insuffisances du corps suivant une dimension prioritairement prothétique. Dorénavant, la technique assure progressivement la charge inédite de régir plus massivement, plus rapidement et plus rationnellement les êtres et les objets.

Il s’agit ainsi d’une gestion électronique de nombreux champs de la société.

Le véritable perfectionnement des machines correspond, non pas à un accroissement de l’automatisme, mais au contraire, au fait que le fonctionnement d’une machine recèle une certaine marge d’indétermination. C’est cette marge qui permet à la machine d’être sensible à une information extérieure (Gilbert Simondon).

« Divinités indéfiniment fragmentées, appelées à repousser l’incertitude de la décision jusque-là impartie à la responsabilité humaine, pour la transférer, la déléguer peu à peu à l’intelligence fiable des machines. (…) Indépendance décisionnelle concédée  à des lignes de code qui impriment et décident de pans de plus en plus étendus de la société contemporaine. »

  • L’avénement du smartphone en objet globalisé consacre l’émergence d’une anthrobologie : la nouvelle condition humaine est toujours plus secondée ou redoublée par des robots intelligents.

Chapitre 1 : de la révolution numérique à l’avènement d’une anthrobologie

L’apparition d’une complémentarité cognitive entre homme et machine induit une commutation continue entre facultés humaines et artificielles.

L’universalité du smartphone ou la fin de la révolution numérique

  • Le smartphone autorise une connexion spatiotemporelle quasi continue
  • Il confirme l’avènement d’un corps-interface
  • Il se place en Instrument d’assistanat
  • C’est une instance privilégiée de géolocalisation
  • Il généralise la réalité augmentée

La spécificité de la révolution ne réside pas tant dans la capacité de pouvoir communiquer tous azimuts, mais dans l’exaltation d’une double autonomie. Il s’agit de l’émergence d’une humanité interconnectée, mais aussi hybridée.

Chapitre 2 : la vie robotiquement ajustée

Un déplacement se produit depuis les années 1990 : on n’exige plus des processeurs d’exécuter des misions automatiques, mais on leur octroie le mandat d’évaluer les propriétés spécifiques d’un ensemble donné.

Il s’agirait d’un complément cognitif supérieur, une intelligence parallèle à la nôtre.

Le trading de haute fréquence (HFT) ou trading algorythmique est en train de prendre le pas sur la décision humaine : aux États-Unis, ¾ des échanges d’actions sont exécutées par des ordinateurs.

Chapitre 3 : dimension totémique de la technologie

Siri (i-Phone)confirme cette troublante structure en devenir, qui instaure une intimité indéfiniment resserrée entre systèmes complexes et organismes humains.

« Ce n’est pas la technique qui nous asservit aujourd’hui, mais le sacré transféré à la technique ». Jacques Ellul

Ce que l’informatique nous permet d’obtenir, c’est manifestement une action de type magique : sous la forme d’abord d’une parole efficace dans sa programmation, le bon agencement de symbole produisant l’effet attendu, ensuite d’une gestuelle efficace dans le jeu, les bons mouvements entraînant l’effet souhaité, la résolution d’une tension dans le réel. L’informatique, c’est l’efficacité enfin acquise du symbole, les fonctions initiales de la magie retrouvées par la science.

Chapitre 4 : de l’intelligence à la vie des processeurs

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle ne cherche plus à reproduire le cerveau humain. Elle exploite les masses de données, les capteurs, les algorithmes complexes, afin de rendre possibles plusieurs fonctions.

L’informatique affective, c’est donner la capacité aux machines d’exprimer elles-mêmes des émotions.

Chapitre 5 : du sujet humaniste à l’individu algorithmiquement assisté

Le champ des compétences de l’homme moderne est réduit. La machine est disponible en tant qu’instrument de travail et se suffit à elle-même, c’est la perte pour l’homme d’une partie de son héritage (cf le décentrement de Marx). Foucault évoque la mort de l’homme : la génération de systèmes voués à accroitre les capacités de l’homme qui décomposent en retour sa toute puissance séculaire.

Dire que la technique est devenue autonome et que l’homme n’a guère de prise sur elle, c’est porter un coup sévère à l’orgueil humain…  L’individu s’est asservi à la technique, cette dernière est  intimement mêlée intimement à son équilibre ?  Pour aller plus loin, j’aimerai convoquer le texte  « Le consommateur interpassif : nouvel avatar post moderne ? ». Il met en avant la notion d’interpassivité : le consommateur délègue sa jouissance à un objet « sans limites » type i-Pod. Le sans limites : c’est le décalage croissant entre la puissance potentielle des objets que les gens achètent et celle dont ils font vraiment usage. Le décalage entre puissance potentielle et puissance utilisée/ capacités de l’individu permet de comprendre ce qui est en jeu dans la consommation postmoderne. La notion d’interpassivité, c’est l’état de l’individu passif : l’individu cède à l’Autre (la technique) la dimension passive de son être tout en restant impliqué par ailleurs. Interactivité et interpassivité sont indissociables. L’individu transfère son désir de toute puissance à l’objet.

Conclusion la condition anthrobologique

L’hybridité propre à notre XXI° siècle mêle corps et codes numériques. Notre condition n’est plus cantonnée à ses limites cognitives, mais augmentée dans ces facultés de jugement et de décision. Alors, bien ou mal ?


N’oubliez pas : je conseille les entreprises pour optimiser leur présence sur le web et trouver davantage de clients grâce au déploiement d’une communication digitale pertinente et d’une stratégie de contenus efficace.
Et comme j’aime transmettre, j’anime avec passion des formations opérationnelles en Stratégie de contenu et Rédaction Web.
Plus d’info sur mes prestations

Pensez aux autres, partagez !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *