Renaissance mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale, Thomas Jamet

15 septembre 2014À la une, Lecture

LecturesJ’ai toujours été captivée par la littérature fantastique qui interroge les frontières entre le réel et la réalité. Force est de constater, actuellement, que le mythe de l’humain augmenté et le robot qui prend le pouvoir sur l’homme (Battle Star Galactica) sont nos vampires du XXIe siècle.
Renaissance mythologique est un essai dont je vous conseille vivement la lecture : il confronte l’imaginaire, la mythologie, l’inconscient collectif, l’ambiance dyonisaque (chère à Michel Maffesoli) au digital. En racontant « l’union de l’archaïque au développement technologique », il permet de mettre en perspective notre course moderne.
Bonne lecture et plongée dans les mythes.

Avant propos – N’ayons pas peur

La société moderne a été marquée par des valeurs binaires : bien et mal, homme et femme, privé et public ; la société post-moderne fait émerger des modèles alternatifs basés sur le mélange des genres, l’hybridation, le brouillage des codes : une logique de paradoxes assumés. La révolution digitale, quant à elle, fait émerger des nouvelles valeurs sur 3 grands fondements : émotion, animalité et religiosité.
Il y a, en effet, quelque chose de totémique, d’iconique à voir des personnes qui communient autour d’affiches interactives, en téléchargeant du contenu sur une borne digitale.
La prémonition de Zarathoustra était juste : le monde a laissé le muthos (récit) au profit de logos (raison).
En conquérant la technique, nous avons démythisé nos existences.
Dès lors que l’homme a eu conscience de sa mortalité, il a imaginé un récit pour l’accepter.
C’est de là qu’est née notre capacité d’êtres humains à créer des imaginaires.
À propos du storytelling, disait Christian Salmon, « les marques s’approprient le pouvoir qu’autrefois, on cherchait dans la drogue ou dans les mythes. »

Chapitre premier – Les autres

Virtuel : c’est ce qui n’existe pas de manière actuelle, c’est-à-dire dans le monde, mais qui dispose d’un potentiel d’actualisation, c’est-à-dire capable de s’animer et de devenir ainsi un véritable prolongement du réel.
Dans un monde qui en est rempli, le partage d’information a plus de valeur que l’information en elle-même.
Aujourd’hui, le fait de partager fait écho aux souhaits des mystiques : se connecter au cosmos.
Les médias digitaux ne sont pas des « supports », mais des « médias capables de nous transporter, de connecter n’importe quel moment, n’importe quel endroit et n’importe quel type de contenu : la « participation mystique » (Lucien Lévy-Bruhl).
Le digital peut recréer, in real life, le mythe du grand tout.
Par exemple, quand Google a failli bugger suite au nombre ultra important de requêtes portant sur la mort de Mickael Jackson, le monde entier vit au même moment une même réalité, de manière intense.
Selon Paul Virilio, la course à la technologie est inhérente à la logique d’accident : lorsque l’homme invente le nucléaire, il invente Fukushima et Tchernobyl. L’accident intégral étant la catastrophe informatique en cas de bug… potentiel.

Chapitre 2 – La fête archaïque

Dyonisos, depuis la fin du règne de la modernité, apparaît comme une figure essentielle pour comprendre le monde : divin social, orgiasme.
Homo Ludens : le ludique a une place de choix sous le règne de Dyonisos.
Depuis 1960, on constate une prépondérance du jeu et l’apparition d’une industrie du divertissement.
Le processus d’hybridation jeu-réalité a connu une nouvelle étape avec l’arrivée du digital : les moments de jeu ont totalement investi la sphère du travail et de la vie sociale ; l’iPhone étant un outil de travail et de divertissement. Les nouveaux jeux intègrent le corps comme instrument et comme medium (Wii, Kinect).
Foules sentimentales : l’imaginaire urbain se recentre autour de l’humain et donc de la foule, et de la foule 2.0 reliée par les nouvelles technologies. Le village global se rassemble de plus en plus sur la place publique et il faudra vivre avec la foule. Pan fait aussi partie de cette fête, lui qui avait la capacité de faire perdre à l’humanité son côté humain pour lui redonner son animalité dans la promiscuité de la foule.

Chapitre 3 – la pulsion digitale

Le livre Les netocrates, écrit par Alexander Bard et Jan Söderqvist, met en scène des « dividus » (Gilles Deleuze), qui existent dans des contextes sociaux différents, dévoilant une personnalité schizoïde, nous délectant à apparaître autres, différents, à facettes selon les contextes, composant nos identités via le net.
On observe un glissement du désir humain (contrôlé, autolimité par la culture et la conscience) au désir animal ((satisfaction immédiate).
La société de consommation, le digital, le développement de la mobilité permettent une satisfaction immédiate de nombre de nos besoins.
L’information est ATAWAD : anytime, anywhere, any device. L’ATAWAD symbolise le décloisonnement des pulsions remarquées initialement par Freud.
La mort du secret : le digital permet l’accélération, le questionnement, la révélation permanente, et ce, à l’échelle planétaire. L’enveloppe sociale, qui nous est proposée par les réseaux sociaux, est basée sur la révélation permanente, le fait de céder aux pulsions de partage, de dire.

Chapitre 4 – l’attrait du sauvage

« Nous sommes tous des cannibales. Après tout, le moyen le plus simple d’identifier autrui à soi-même, c’est encore de le manger. » Claude Lévi-Strauss.
L’héritage anthropophage entraine à « déglutir » culturellement les autres cultures et les incorporer. Car dans un monde, où tout est connecté et interagit en permanence, le mélange et l’assimilation sont devenus la règle.
Nous sommes devenus des absorbeurs de contenus, des avaleurs de photos, vidéos, commentaires, tweets, statuts et informations.
Sans nous en rendre compte, nous déglutissons, avalons, mâchons et cannibalisons les contenus produits par d’autres. L’intime, l’intérieur, les entrailles deviennent assimilables, avalables, régurgitables (cf les contenus partagés sur les réseaux sociaux).
Le mythe du cannibalisme nous fait percevoir que nous sommes à une période de boulimie mythologique.
Les hommes ont créé des mythes et des rituels pour accepter le massacre (chasse des mammifères). « La mythologie naît parfois de la profonde angoisse causée par des problèmes pratiques et ne pouvant pas être apaisée par des arguments logiques. » Armstrong

Conclusion

Alvin Toffler disait, dans Le choc du futur, en 1970, que la société allait imposer de plus en plus de mobilité et exiger la flexibilité, des méthodes de gestion par la précarité et surtout un « hyperchoix » permanent, qu’il traduit par l’obligation chez l’homme d’avoir continuellement à décider et à anticiper sa trajectoire.
Le futur a-t-il besoin de nous ?
La question est posée par Jean-Michel Besnier, dans un monde où l’obsolescence de l’homme dans un monde dominé par des machines plus intelligentes que nous. Les capacités de l’homme ne sont pas infinies tandis que celles des machines le sont…
A-t-on encore le contrôle ? Notre état de dépendance aux machines semble inéluctable.
Contrairement à ce que pensent les partisans du non humain, les avancées technologiques ne construisent pas une nouvelle espèce ; elles ne font que renforcer et « augmenter » l’espèce humaine.
Le digital a tué lé robot (symbole de l’analogie, du technique). Le débat n’est plus de savoir si l’être humain sera augmenté ou non. Nous y viendrons sans aucun doute. Grâce à la technique, nous voici de retour dans la mythologie dyonisaque : vivre plus.

5 paris pour l’avenir

1- Nous entrons dans une civilisation dominée par l’émotion
(cf les affaires de déballage médiatique, DSK, Sarkozy, cf la prédominance du storytelling).
Tant que subsiste cet instinct, les récits ont de beaux jours devant eux.

2 – Le sentiment d’étrangeté va se renforcer
Le potentiel d’émotion est démultiplié par les nouvelles technologies et le digital créée une caisse de résonance de plus en plus puissante.

3 – C’est la fin de la vérité, mais pas de la foi
Nous sommes à un tournant : nous arrivons à la fin de la présence judéo-chrétienne. D’autres valeurs sont en train de s’imposer.

4 – Révolutions et pirateries : passage à l’acte
Pensons aux événements comme Anonymous.

5 – La non-connexion comme transgression et comme ascèse
« Le digital offre la possibilité de revenir à un état que nous avions quitté depuis longtemps, nous rapprochant de notre condition d’humain. À nous de savoir le gérer. »

Comme toujours, il revient à l’homme de ne pas se laisser dominer ni s’asservir aux outils qu’il a lui-même créé et de garder du recul. Ça aide, ce genre de livres !
À lire du même auteur Les nouveaux défis du brand content – au delà du contenu de marque.

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