Entretien avec Sébastien Bailly, auteur de Maîtriser les techniques rédactionnelles

02 novembre 2020À la une, Rédaction Web
Temps de lecture : 7 minutes

redaction webChic, un bouquin qui décortique les techniques rédactionnelles et comment bien écrire. Car nous apprend Sébastien, écrire n’est pas un don venu du ciel, mais un ensemble de techniques qui s’apprend. Tout nouveau, tout neuf, son ouvrage compile ses 25 ans d’expérience en écriture.

J’ai échangé avec lui pour vous partager le cœur de son ouvrage. Dans cet article, vous pourrez trouver des infos sur les fondamentaux d’une bonne écriture, une réflexion sur l’écriture inclusive et surtout des conseils pour dédramatiser l’écriture …

Quelle bonne idée que d’écrire Maîtriser les techniques rédactionnelles !

techniques-redactionnelles-sebastien-baillyJ’anime des formations aux techniques rédactionnelles depuis 20 ans.
Et lorsque j’aborde la question avec des étudiants de licence professionnelle qui vont devenir chargés de communication, je me rends compte que c’est la première fois qu’on leur apprend à écrire.
Au-delà de la grammaire et de l’orthographe, il n’y a pas d’ouvrage pour former aux techniques rédactionnelles au sens large.
C’est donc l’objet de ce livre, dans lequel j’ai compilé mes 25 ans d’expérience en écriture.
Le métier que j’exerce depuis le plus longtemps, c’est journaliste. Je vis de ma plume. J’ai écrit à peu près tout ce qui pouvait s’écrire : encyclopédies, livres pratiques, des romans (jeunesse, adulte), en passant par les textes des dos de boites de céréales ou encore les rapports d’activité !

Je m’oppose à l’idée que l’inspiration serait un don venu du ciel accessible à certains élus : cet ouvrage démontre qu’écrire n’est pas différent de la plomberie ou l’horlogerie, c’est un ensemble de techniques à appliquer.

Peux-tu nous donner les fondamentaux des techniques rédactionnelles ?

Voici en avant-goût les éléments techniques pour garantir la limpidité du texte

1_Tout d’abord le lecteur

Son niveau de maitrise de la langue, ses difficultés.

Car j’écris pour celui qui a le moins de facilité à comprendre.

2_Les objectifs

Comment écrire un texte qui soit efficace, c’est-à-dire qui atteigne son objectif en termes de cible et de message ?

3_Les mots

Savez-vous que les mots courts sont mieux compris, car plus accessibles ? Ils permettent de gagner en lisibilité.

4_La phrase

Pourquoi sujet, verbe, complément fonctionne et pourquoi non ?

5_Le plan

Au-delà du classique Thèse, antithèse, synthèse, j’aborde la pyramide inversée (l’information principale en premier) ou encore la maîtrise de la chronologie, essentielle pour raconter des histoires.

6_La titraille

C’est elle qui permet de « vendre » mon texte.

Caractéristiques d’une bonne écriture

3 mots clés : simplicité, densité, fluidité

Le propre d’un texte bien écrit, c’est que rien ne se voit.
De la même manière que je ne demande pas à mon plombier de voir les tuyaux, mais je lui demande de bénéficier de l’eau chaude !

Nous voici donc loin de la notion d’inspiration

L’écriture n’est pas un don qui tombe du ciel.

Malheureusement, beaucoup sont victimes de la façon dont les textes sont abordés en cours de français, à travers la vision de l’écrivain romantique. Ce qui bloque certaines personnes qui n’arrivent pas à écrire.

Partons du point de vue que l’inspiration n’existe pas, que de la même manière que je suis capable de raconter une histoire à l’apéro, je suis capable de l’écrire !

En fait, il est important de dédramatiser l’acte d’écriture. Ce n’est pas un prolongement de soi, c’est un moyen de faire passer un message.

De la même manière, il est important de sortir des critères subjectifs, j’aime, j’aime pas.

Dans ce livre, je m’appuie sur des études scientifiques, des critères objectifs pour qualifier un texte : si ma séquence fait plus de 20 mots, elle devient compliquée.
Si les mots que j’utilise ne font pas partie du vocabulaire courant, la lecture nécessite un effort donc éloigne du message.

Et ces contraintes d’écriture n’auraient –elles pas tendance à niveler les textes ?

Il est possible de faire des gammes en écriture comme en musique !

Les contraintes existent, sans empêcher la créativité.
Prêter attention à la simplicité, la densité, la fluidité du texte n’empêche pas le style.
Inventons des façons d’écrire.
Le rythme d’écriture est propre à chacun. Il se travaille et à bon escient, car il a une influence sur la façon dont le lecteur perçoit le message.

Ton avis sur…

L’écriture inclusive, tout sauf fluide ?

Pour comprendre l’écriture inclusive, remontons aux prémisses : la présence du féminin dans le texte serait un indice de l’importance de la femme dans la place publique. Comme si existait une équivalence entre la femme et le féminin, dont devrait être redevable la grammaire. Que la femme ait une place n’est pas à débattre, bien sûr !

En revanche, le point d’achoppement de l’écriture inclusive est le point médian.
Et il n’y a aucune façon de le défendre en termes de lisibilité ou d’accessibilité.
Il complique la lecture et rend l’accès à l’information difficile pour les gens qui ont du mal à lire.

Utiliser le point médian est un acte militant, mais contraire à l’inclusion du plus grand nombre.

En outre, personne ne sait l’utiliser et on se retrouve avec des textes non homogènes, sans cohérence.

Le constat est sans appel : cela ne fonctionne pas.

Ferréole : j’aime bien l’exemple du Festival d‘Annecy qui pour chacune de ses éditions comptabilise la place de la femme dans le jury, les réalisateurs (il est vrai que le cinéma avait été épinglé sur le sujet). Finalement, cette manière de faire me semble préférable.

Il y a de nombreuses manières de donner une place aux femmes dans les textes :

  • La féminisation des noms de métiers
  • La double citation : Françaises, français
  • L’épicène : je parle du public au lieu des spectateurs et des spectatrices. Un épicène peut être employé pour le masculin et le féminin
  • Simplicité et langage clair ?

Encore une fois, c’est fonction du public

Dans certains domaines d’expertise : droit, industrie, sciences, il n’est pas possible de mettre un mot à la place d’un autre lorsqu’on veut être précis. S’il l’on parle entre spécialistes, il est alors logique de faire de l’entre soi et d’utiliser le jargon du secteur sans toujours l’expliquer.

En revanche, en parlant à des non-experts, je peux simplifier, ou amener un concept nouveau de manière pédagogique.

Encore une fois le niveau de langage et d’expertise est central. Il s’agit de choisir son public. Nous sommes tous experts de quelque chose.

Je donne souvent l’exemple suivant. Si je parle à un habitant de Rouen de la TCAR, il comprendra tandis qu’un non rouennais sera perdu. C’est le réseau des transports en commun de Rouen.

Je ne connais ce contexte que dans la mesure où je connais Rouen. Je ne sais en parler à mon lecteur que si je le connais, lui.

Tu parles également du FALC dans ton ouvrage

Le FALC invite à prendre conscience de ce que l’on écrit et qui rajoute un obstacle à la compréhension. Il oblige à une simplification y compris conceptuelle.

Par exemple, un adverbe n’aide pas à la compréhension. Il complexifie. Donc si je l’inclus dans mon texte, je dois avoir une bonne raison.

Merci Sébastien !

J’espère que ces échanges vous auront donné envie de lire cet ouvrage. En tout cas, il va faire partie des ressources dont je vais citer dans mes formations.

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